Catégorie : theatre

Traversées

Petit Théâtre du Centre culturel et sportif Saint Ayoul de Provins, 20h, entrée libre
Compagnie Errance / Laboratoires Théâtre jeunes et adultes
« Traversées » d’après « Migrants » de M. Visniec et une écriture collective

Migraaaants     ou On est trop nombreux sur ce putain de bateau ou Le Salon de la clôture
De Matéi Visniec

Matej Visniec écrit avoir « ouvert ce chantier, c’est-à-dire l’écriture d’une pièce sur les migrants ».

Nous sommes partis de sa proposition de « chantier », et tout en travaillant ses textes nous avons cherché ailleurs, nous avons inventé aussi, à partir de notre histoire intime, de nos réflexions, de notre élan imaginatif.

Aux mots de l’auteur se sont ajoutés d’autres mots ; aux pièces d’autres pièces. Aux faits, d’autres faits. Rien n’est terminé, tout continue à se faire. Par le théâtre, les questions brûlants de nos jours viennent chercher si non des réponses, au moins le partage.

Direction de travail : Maud Dhenin, Simona Morini

NOTE D’INTENTION à Migraaant, Éditions L’œil du Prince, par M. Visniec

Ils viennent du Pakistan, d’Afghanistan, de
Somalie, d’Erythrée, de Syrie, d’irak, de Libye, du
Mali, d’Algérie, du Maroc, d’Haïti et de beaucoup
d’autres endroits où la vie n’est plus compatible avec
l’idée d’avenir. ils sont des millions. combien de
millions ? On ne sait pas. On les appelle « migrants »
et ils ont une seule chose en tête : la volonté d’arriver
en Europe.
« réfugiés : l’Europe se désintègre » ; « réfugiés : la
mort clinique de l’Europe ». c’est avec des titres
comme ceux-ci que journal Le Monde, mais aussi
toute la presse européenne, analysait, à la fin du mois
de février 2016, le phénomène du flux migratoire.

Grand changement d’attitude si on pense qu’en septembre
2015, suite à la mort par noyade, en mer Egée,
d’un petit Syrien d’origine kurde de 5 ans prénommé
Aylan, toute la presse saluait la générosité avec
laquelle l’Allemagne – et surtout Mme Angela Merkel
– ouvrait les bras pour accueillir un million de réfugiés…
En l’espace de seulement cinq mois, l’Europe a
paniqué. Les responsables politiques mais aussi l’opinion
publique ont compris que sur la planète il y a
environ 80 millions de personnes qui vivent dans des
régions en guerre et qui ont le droit, en principe, de
demander protection internationale, donc asile politique
en Europe. Les frontières ont commencé à se
refermer, le symbole du fil de fer barbelé a resurgi des
entrailles cauchemardesques de l’histoire. L’Europe
ne sait pas ce qui lui arrive, ne sait pas ce qu’elle doit
faire, et la tentation est grande de renier ses valeurs
(libre circulation, droits de l’homme, société ouverte,
etc.) pour arrêter les millions de candidats à l’exil qui
sont en route.

Question : est-ce que le théâtre peut devenir un espace
de débat sur ces sujets ?
Oui, c’est ma réponse, et c’est pour cela que j’ai
ouvert ce chantier, c’est-à-dire l’écriture d’une pièce
sur les migrants. En tant que journaliste à radio France
internationale, je suis tout simplement « noyé » dans
des informations et des reportages concernant les
migrants. J’ai découvert moi-même, suite à mes voyages
en Grèce, en italie, en Hongrie ou en Grande-Bretagne,
certaines « réalités ». Mon intention est d’utiliser
cette « matière » pour essayer de comprendre les motivations
profondes d’une grande mutation humaine,
culturelle et géopolitique.

Je suis convaincu qu’il ne s’agit pas tellement d’un
« phénomène migratoire d’une ampleur sans précédent
» mais d’une sorte de « révolution de partage ».
une gigantesque révolte passive se cache derrière ce
mouvement (motivé aussi par l’instinct de survie). ces
centaines de millions de gens rappellent aussi à
l’Occident que son modèle économique, politique et
culturel se mondialise mal. c’est un modèle qui fonctionne
seulement sur un périmètre restreint de terre
habitable, tandis que le reste de la planète assiste au
« festin des privilégiés » en regardant seulement la
télé… c’est sûrement une injustice pour laquelle les
inspirateurs de ce modèle, les Occidentaux, doivent
aujourd’hui acquitter l’addition. La révolution à laquelle
on assiste est celle du « repartage de l’accès au bonheur
dans le monde ».

Mais le théâtre n’adopte ni le langage politique ni celui
de la sociologie ou de la pédagogie pour avancer dans son
travail de compréhension, pour stimuler la réflexion et
éventuellement éveiller les consciences.

Dans ma pièce modulaire, je propose des scènes
courtes et des situations dramatiques (inspirées de
faits réels) où j’essaie de suggérer le grand dilemme
moral dans lequel se trouve l’Europe. Mais surtout
j’ai envie de capter dans cette pièce le côté émotionnel
et humain du phénomène. c’est une tragédie de
l’humanité qui se déroule devant nos yeux, digne du
théâtre antique grec où l’homme se confrontait à la
force implacable du destin.


Blanches

Ce texte met des mots simples et tendres sur la maladie d’Alzheimer.

Sur scène, un enfant, Ouais, et sa Grand-mère, Mémé Blanche.
Blanches plonge le public dans l’intimité des personnages et montre à tous l’importance des relations humaines, leurs fragilités, la communication entre les générations, le temps qui passe et l’impuissance ressentie devant la maladie.
La mise en scène permet une immersion dans l’univers des personnages, faisant émerger avec pudeur et émotion les liens affectifs entre un enfant et sa grand-mère, la complicité entre eux avant la maladie, puis cette perte de contact, progressive, et cette mort symbolique de leur complicité, qui ne supprime pourtant pas le lien.
L’espace d’un instant, Ouais et Mémé Blanche nous montrent cette fragilité, pleine de sourires, soutenue par deux enfants qui nous rappellent les chemins de notre mémoire, en accompagnant dans la joie et la construction positive la perte des repères à laquelle tant de femmes et d’hommes sont confrontés aujourd’hui..

Le processus

Depuis plusieurs années, la Compagnie Errance interroge le théâtre contemporain et notamment les auteurs jeunes publics, notamment à travers une pratique de laboratoire théâtrale, menés comme échange constructif entre amateurs et professionnels.
Un texte a interpellé plus particulièrement deux jeunes filles qui ont demandé à le jouer, après l’avoir travaillée lors de différents moments de recherche. Ces jeunes comédiennes disent les mots, qui résonnent avec les maux vécus. Du jeu naît le jeu, et aide à grandir, à poser les questions, à essayer d’y répondre, à apprendre en écoutant, en découvrant.
Ce travail a permis une réflexion sur la maladie d’Alzheimer et, par extension, sur les maladies qui affectent notre mémoire, sur leur évolution et sur notre attitude vis-à-vis des personnes atteintes. Pour cela, nous avons collaboré avec Isabelle Guichard qui accompagne professionnellement les personnes âgées, dans leur quotidien, avec leurs joies et leurs peines
Comédiennes : Romane Lopes et Anna Russo

Romane et Anna ont aimé Ouais et Mémé Blanche, à la première lecture, et elles ont demandé à jouer, à tour de rôle, l’un et l’autre personnages. Elles ont eu 11 ans avec le personnage de Ouais, et aujourd’hui elles continuent ce voyage qui leur fait découvrir aussi, à travers le jeu, toutes les étapes auxquelles sont confrontées les personnes touchées par la maladie d’Alzheimer et leur entourage.

Mise en scène : Simona Morini, assistée par Maud Dhénin
Collaboration artistique et pédagogique : Manolita Pilorge, Isabelle Guichard
Costumes et décor : Anne Sophie Drouet

Le jeu naît d’indications données par le texte de la pièce, de propositions des acteurs, d’intuitions, d’observations, de questions posées au fur et à mesure de l’évolution du travail.

Les décors et costumes.

La simplicité d’une maison, avec son petit jardin, ses meubles, ses fenêtres, son espace extérieur, la route, la guinguette, le ciel même… peu de décors qui aident à suggérer les lieux, concrets et imaginaires, dans lesquels évoluent les personnages. La présence et l’utilisation d’objets de la vie quotidienne permettent de rendre tangibles les absences ou écarts de la grand-mère par rapport à la réalité. Les costumes suivent les indications données dans le texte et s’adaptent aux diverses situations.

L’histoire

Ouais, petite fille rêveuse et flegmatique passe le plus clair de son temps avec sa Mémé Blanche, son excentrique grand-mère. Ensemble, elles jouent au badminton avec un volant invisible, dansent à la guinguette du coin, se racontent des histoires sur les grandes femmes de l’Histoire…et puis, Pépé Lulu est mort il y a trois mois. Mémé Blanche a besoin de compagnie et elle commence sérieusement à dérailler. Ouais ne comprend pas. Ses parents disent que Mémé Blanche aurait une chose dans la tête, ce « truc avec un nom bizarre ». Mémé Blanche, elle prétend plutôt que c’est Léon Zitrone qui la lui a volée.
L’accompagnement
Je suis assistante de soin en gérontologie de métier spécialisée dans l’accompagnement des personnes âgées atteintes d’une pathologie dégénérative. Comédienne de la Compagnie Errance, j’ai pu accompagner le travail de création par des exemples de situations vécues en lien avec les scènes décrites dans « Blanches ». Il existe plusieurs associations provinoises (les 4A, le CLIC, l’ICL) qui œuvrent pour aider les familles concernées par ce problème. J’ai proposé à ma structure d’être partenaire de ce projet. « Blanches » est une pièce écrite pour les enfants, qui permet un échange entre professionnels, non professionnels, enfants et adultes.
Isabelle Guichard


Les mots du partenariat

Depuis dix ans, des liens personnels se sont tissés entre le SSIAD Admr de l’Auxence et la Compagnie Errance. En 2000 une représentation de la pièce « Seul » de B. Lindstrom, avait été organisée ensemble à la salle polyvalente de Donnemarie Dontilly. La création en juin 2012 du service ESA « équipe spécialisée Alzheimer » au SSID a permis d’orienter ces liens sur cette pathologie encore si peu connue mais si répandue ! Le théâtre pense et interpelle avec des mots. Le soignant panse et soigne des maux, deux attitudes et deux approches qui s’enrichissent mutuellement ! De plus, cette fois ci la compagnie Errance propose un travail avec deux jeunes actrices qui interprètent avec candeur et naïveté créatrice cette pièce de Melquiot. C’est au carrefour de nos deux univers, l’univers théâtrale de la Compagnie Errance, et l’univers du soin de l’équipe ESA du Ssiad de l’Auxence, que la proposition de cette pièce trouve tout son sens.
Nous désirons proposer des journées qui seront une belle occasion de rencontrer de jeunes artistes et des soignants motivés. Ensemble, sur la scène et dans la salle, quelques heures durant, il sera je l’espère possible d’apprivoiser cette maladie d’Alzheimer si déroutante et si difficile à comprendre.

Et si mettre en mots…apaisait les maux.